|
Articles &
Interviews > Starship Troopers interview CINOPSIS: Dans tous vos films de science-fiction, tels TOTAL RECALL et ROBOCOP, on remarque que votre personnage principal est toujours en crise didentité. Est-ce important pour vous de développer cet aspect dans votre dernier film? Paul Verhoeven: Dans le cas particulier de STARSHIP TROOPERS, cette crise didentité était en f; était en fait plus un développement humain, une croissance. Celles dans ROBOCOP et TOTAL RECALL étaient bien plus complexes, à cause de lexistence de deux réalités. Mais je ne crois pas que ce soit lessence du film. Ici, le personnage principal est très jeune et très naïf. Il na aucun sens des réalités. Son rapport avec la vie va fortement évoluer par sa confrontation avec la mort. Dun gamin, il devient un officier gradé, ce que certains appellent devenir un homme. Ce nest pas une crise didentité, il grandit en phase avec ce que le gouvernement attend de lui. Il aurait été probablement totalement différent sil ny avait pas eu la guerre. Cest une conséquence directe du monde dans lequel il vit... La différence principale avec les autres films américains est quici le spectateur a du mal à identifier la cause que le héros sert. Lui-même na aucune vision densemble de la situation... Quand on prend le film dans sa totalité, on peut se poser des questions quant aux motivations du gouvernement. Normalement dans les films américains on sidentifie au héros. Il se bat pour la bonne cause, il gagne et cest bien. La situation est bien plus amst bien plus ambiguë ici. CINOPSIS: Dans quelle mesure considérez-vous ce film comme un miroir de la société américaine? P.V.: Ce film est un miroir de la société américaine, mais ça nétait pas son idée de base. Le projet était dépourvu didée politique, cétait juste un film de guerre entre les humains et des insectes géants dans lespace. A lébauche du film, le livre de Heinlein a été rajouté. Ce livre contient certaines idées politiques que nous avons interprétées pour dénoncer une Amérique. Cest un commentaire sur la politique de pouvoir et sur la politique civile comme le contrôle de larmement, le système judiciaire, toutes des choses qui reflètent le système américain en place. Cest durant ces quatre ou cinq années de prées de préparation que ces éléments politiques additionnels sont lentement entrés en jeu. Un grand nombre de scènes démontrent avec ironie que les Américains se prennent pour les maîtres de lunivers, un peu comme au temps de l'empire romain. CINOPSIS: Pourquoi avez-vous choisi de mélanger un univers high-tech avec celui de la seconde guerre mondiale? P.V.: Ce que nous cherchions avant tout, cétait un modèle représentatif. Les derniers conflits les plus importants ont été le Koweit et le Vietnam. La guerre du Koweit était un peu bizarre à cause de la suprématie des Etats-Unis, ce nétait même pas une bataille, cétait plus une invasion. Quant à la situation au Vietnam, ça ne convenait pas comme modèle. Cette guerre est synonyme de caches, dembuscades, de groupuscules dhommes qui se battaient chacun dans son coin. Il ny avait pas de champ de bataille. Le look, limagerie de la deuxième guerre mondiale était la plus proche du livre dHeinlein, qui fût dailleurs écrit immédiatement après celle-ci. Cétait également intéressant pour moi puisque jai vécu cette &eacuacute;cu cette époque. Cétait un modèle évident à choisir vu le moment où le livre a été écrit. CINOPSIS: Navez-vous rencontré aucun problème quant à ce choix? P.V.: Que voulez-vous dire? Des problèmes politiques? Jai eu des problèmes avec la presse américaine (The Washington Post), problèmes qui ont été repris par la presse européenne (Libération), des commentaires sur le côté soi-disant fasciste de mon film, si cest de cela dont vous voulez parler... Ca fausse le potentiel de lhistoire. Le film ne parle pas de fascisme, il parle de limpérialisme au sens large. Faire ce choix a bien évidemment soulevé la controverse mais bien plus que je ne le pensais. Au début, nous navions aucun problème. Cest la réaction du Washington Post qui a engendré cette polémique. Certes le fascisme nest pas mort et est encore présent dans différents pays du monde, mais ce nest pas le propos du film. Quand vous voyez les sujets que jaborde dans les parenthèses du film à travers les flashes dinformation de la féd&eacla fédération, je pointe du doigt les dysfonctionnements du régime américain actuel. Par exemple, le contrôle darmement soi-disant en vigueur alors quil est toujours aussi facile de se procurer une arme...ou encore le système judiciaire qui ces dernières années a accéléré ses procédures pour envoyer plus rapidement les gens du couloir de la mort à la chaise électrique. Dans ces flashes, loption Voulez-vous en savoir plus implique la question de conscience : Voulez-vous dune telle société, voulez-vous entrer encore plus loin dans ce système déjà existant aux Etats-Unis? Mais, jaffirme que le sujet principal cest quand même les insectes géants!!! (rires) CINOPSIS: Et lutilisation de la violence... Je trouve votre film assez violent. Croyez-vous que cest la meilleure manière de dénoncer la violence? P.V.: Je nen sais rien. Je ne sais pas si cest la meilleure manière. Je ne suis même pas certain de me battre contre la viattre contre la violence. Je décris simplement la violence, cest quelque chose que je déteste mais elle fait partie intégrante de la vie. Je ne me suis jamais positionné comme un moraliste dans mon travail. Regardez ce siècle et vous verrez quil a fait plus de deux cent millions de morts, certains morts à cause du fascisme, dautres à cause du communisme. Et ça, vous ne trouvez pas cela violent? Je ne sais pas comment vous pouvez éviter ce concept alors que le monde est devenu un abattoir. La violence est omniprésente. Ma violence cinématographique est un signe de protestation, et si jexagère le concept, un argument philosophique contre la violence ambiante. Vous ne pouvez pas nier quelle est partie intégrante de lhumanité. CINOPSIS: Pourquoi votre choix sest-il porté sur des acteurs inconnus? P.V.: Parce que les acteurs connus de cette génération nétaient pas disponibles. Cest la seule raison. Dabord il nen existe pas des tonnes. Jai pensé à Chris ODonnell mais il travaillait déjà sur BATMAN & ROBIN. On aurait dû sauter une demi génération et arute;ration et arriver dans une tranche dacteurs plus connus, tels Christian Slater mais puisque le début du film commence dans un lycée, ça aurait paru stupide, ça naurait pas été crédible. Utiliser des acteurs plus âgés nous aurait fait perdre le côté naïf des personnages auquel je tenais beaucoup. Je voulais donner limpression au spectateur que mes héros sortaient de leur âge dinnocence pour être conduits à la boucherie. Ils devaient sembler innocents, vulnérables. Sil y avait eu des stars de 23 ans disponibles, jaurais travaillé avec elles et aurait dépensé moins sur les effets spéciaux. Bonne ou mauvaise décision? Commercialement, jaurais peut-être dû changer mon fusil dépaule. On pourra juger de cette décision après examen des recettes au niveau mondial. CINOPSIS: Quel fût le plus grand défi de ce film? P.V.: De réaliser une scène telle que lattaque de la forteresse, avec tous ces insectes déboulant des collines, grimpant les murs, ... Diriger les... Diriger les acteurs, aller à gauche à droite, reculer, simuler les effets spéciaux pour faire réagir les acteurs. La séquence est basée sur le film THE CHARGE OF THE LIGHT BRIGADE. La difficulté était de faire le film sans quil ny ait aucun insecte sur le plateau. Presque tous les plans contiennent des effets spéciaux... il était difficile de visualiser et de faire visualiser aux acteurs 50% daction qui nexistait que digitalement. Il fallait motiver les gens à réagir à des choses qui navaient aucune existence matérielle. Pour les diriger, je me suis littéralement mis à la place des insectes... hurlant, gesticulant, attaquant, sautant. Jétais toujours à côté de la caméra leur criant : Fais gaffe, ils arrivent, à droite, à gauche, derrière toi... On a essayé dautres moyens dindiquer la position des insectes (éclairages, etc...), mais cest ma voix qui fonctionnait le mieux... Propos recueillis par Olivier Guéret
CINOPSIS: Dans tous vos films de science-fiction, tels TOTAL RECALL et ROBOCOP, on remarque que votre personnage principal est toujours en crise didentité. Est-ce important pour vous de développer cet aspect dans votre dernier film? Paul Verhoeven: Dans le cas particulier de STARSHIP TROOPERS, cette crise didentité était en f; était en fait plus un développement humain, une croissance. Celles dans ROBOCOP et TOTAL RECALL étaient bien plus complexes, à cause de lexistence de deux réalités. Mais je ne crois pas que ce soit lessence du film. Ici, le personnage principal est très jeune et très naïf. Il na aucun sens des réalités. Son rapport avec la vie va fortement évoluer par sa confrontation avec la mort. Dun gamin, il devient un officier gradé, ce que certains appellent devenir un homme. Ce nest pas une crise didentité, il grandit en phase avec ce que le gouvernement attend de lui. Il aurait été probablement totalement différent sil ny avait pas eu la guerre. Cest une conséquence directe du monde dans lequel il vit... La différence principale avec les autres films américains est quici le spectateur a du mal à identifier la cause que le héros sert. Lui-même na aucune vision densemble de la situation... Quand on prend le film dans sa totalité, on peut se poser des questions quant aux motivations du gouvernement. Normalement dans les films américains on sidentifie au héros. Il se bat pour la bonne cause, il gagne et cest bien. La situation est bien plus amst bien plus ambiguë ici. CINOPSIS: Dans quelle mesure considérez-vous ce film comme un miroir de la société américaine? P.V.: Ce film est un miroir de la société américaine, mais ça nétait pas son idée de base. Le projet était dépourvu didée politique, cétait juste un film de guerre entre les humains et des insectes géants dans lespace. A lébauche du film, le livre de Heinlein a été rajouté. Ce livre contient certaines idées politiques que nous avons interprétées pour dénoncer une Amérique. Cest un commentaire sur la politique de pouvoir et sur la politique civile comme le contrôle de larmement, le système judiciaire, toutes des choses qui reflètent le système américain en place. Cest durant ces quatre ou cinq années de prées de préparation que ces éléments politiques additionnels sont lentement entrés en jeu. Un grand nombre de scènes démontrent avec ironie que les Américains se prennent pour les maîtres de lunivers, un peu comme au temps de l'empire romain. CINOPSIS: Pourquoi avez-vous choisi de mélanger un univers high-tech avec celui de la seconde guerre mondiale? P.V.: Ce que nous cherchions avant tout, cétait un modèle représentatif. Les derniers conflits les plus importants ont été le Koweit et le Vietnam. La guerre du Koweit était un peu bizarre à cause de la suprématie des Etats-Unis, ce nétait même pas une bataille, cétait plus une invasion. Quant à la situation au Vietnam, ça ne convenait pas comme modèle. Cette guerre est synonyme de caches, dembuscades, de groupuscules dhommes qui se battaient chacun dans son coin. Il ny avait pas de champ de bataille. Le look, limagerie de la deuxième guerre mondiale était la plus proche du livre dHeinlein, qui fût dailleurs écrit immédiatement après celle-ci. Cétait également intéressant pour moi puisque jai vécu cette &eacuacute;cu cette époque. Cétait un modèle évident à choisir vu le moment où le livre a été écrit. CINOPSIS: Navez-vous rencontré aucun problème quant à ce choix? P.V.: Que voulez-vous dire? Des problèmes politiques? Jai eu des problèmes avec la presse américaine (The Washington Post), problèmes qui ont été repris par la presse européenne (Libération), des commentaires sur le côté soi-disant fasciste de mon film, si cest de cela dont vous voulez parler... Ca fausse le potentiel de lhistoire. Le film ne parle pas de fascisme, il parle de limpérialisme au sens large. Faire ce choix a bien évidemment soulevé la controverse mais bien plus que je ne le pensais. Au début, nous navions aucun problème. Cest la réaction du Washington Post qui a engendré cette polémique. Certes le fascisme nest pas mort et est encore présent dans différents pays du monde, mais ce nest pas le propos du film. Quand vous voyez les sujets que jaborde dans les parenthèses du film à travers les flashes dinformation de la féd&eacla fédération, je pointe du doigt les dysfonctionnements du régime américain actuel. Par exemple, le contrôle darmement soi-disant en vigueur alors quil est toujours aussi facile de se procurer une arme...ou encore le système judiciaire qui ces dernières années a accéléré ses procédures pour envoyer plus rapidement les gens du couloir de la mort à la chaise électrique. Dans ces flashes, loption Voulez-vous en savoir plus implique la question de conscience : Voulez-vous dune telle société, voulez-vous entrer encore plus loin dans ce système déjà existant aux Etats-Unis? Mais, jaffirme que le sujet principal cest quand même les insectes géants!!! (rires) CINOPSIS: Et lutilisation de la violence... Je trouve votre film assez violent. Croyez-vous que cest la meilleure manière de dénoncer la violence? P.V.: Je nen sais rien. Je ne sais pas si cest la meilleure manière. Je ne suis même pas certain de me battre contre la viattre contre la violence. Je décris simplement la violence, cest quelque chose que je déteste mais elle fait partie intégrante de la vie. Je ne me suis jamais positionné comme un moraliste dans mon travail. Regardez ce siècle et vous verrez quil a fait plus de deux cent millions de morts, certains morts à cause du fascisme, dautres à cause du communisme. Et ça, vous ne trouvez pas cela violent? Je ne sais pas comment vous pouvez éviter ce concept alors que le monde est devenu un abattoir. La violence est omniprésente. Ma violence cinématographique est un signe de protestation, et si jexagère le concept, un argument philosophique contre la violence ambiante. Vous ne pouvez pas nier quelle est partie intégrante de lhumanité. CINOPSIS: Pourquoi votre choix sest-il porté sur des acteurs inconnus? P.V.: Parce que les acteurs connus de cette génération nétaient pas disponibles. Cest la seule raison. Dabord il nen existe pas des tonnes. Jai pensé à Chris ODonnell mais il travaillait déjà sur BATMAN & ROBIN. On aurait dû sauter une demi génération et arute;ration et arriver dans une tranche dacteurs plus connus, tels Christian Slater mais puisque le début du film commence dans un lycée, ça aurait paru stupide, ça naurait pas été crédible. Utiliser des acteurs plus âgés nous aurait fait perdre le côté naïf des personnages auquel je tenais beaucoup. Je voulais donner limpression au spectateur que mes héros sortaient de leur âge dinnocence pour être conduits à la boucherie. Ils devaient sembler innocents, vulnérables. Sil y avait eu des stars de 23 ans disponibles, jaurais travaillé avec elles et aurait dépensé moins sur les effets spéciaux. Bonne ou mauvaise décision? Commercialement, jaurais peut-être dû changer mon fusil dépaule. On pourra juger de cette décision après examen des recettes au niveau mondial. CINOPSIS: Quel fût le plus grand défi de ce film? P.V.: De réaliser une scène telle que lattaque de la forteresse, avec tous ces insectes déboulant des collines, grimpant les murs, ... Diriger les... Diriger les acteurs, aller à gauche à droite, reculer, simuler les effets spéciaux pour faire réagir les acteurs. La séquence est basée sur le film THE CHARGE OF THE LIGHT BRIGADE. La difficulté était de faire le film sans quil ny ait aucun insecte sur le plateau. Presque tous les plans contiennent des effets spéciaux... il était difficile de visualiser et de faire visualiser aux acteurs 50% daction qui nexistait que digitalement. Il fallait motiver les gens à réagir à des choses qui navaient aucune existence matérielle. Pour les diriger, je me suis littéralement mis à la place des insectes... hurlant, gesticulant, attaquant, sautant. Jétais toujours à côté de la caméra leur criant : Fais gaffe, ils arrivent, à droite, à gauche, derrière toi... On a essayé dautres moyens dindiquer la position des insectes (éclairages, etc...), mais cest ma voix qui fonctionnait le mieux... Propos recueillis par Olivier Guéret
Note from the webmaster: absolutely no copyright infringement is intended. The source of the article is mentioned and linked. I just copy the text in case it gets removed from the original location. Please read the copyrights/disclaimer. |
||